Saturday, May 20, 2006


Mythes sur l'énergie hydroélectrique québécoise


Le 16 mai dernier, j'ai assisté à une conférence donnée par M. Jean-François Blain, analyste en énergie et auteur de plusieurs documents touchant l’avenir et la sécurité énergétiques du Québec. Lors de son allocution, M. Blain a voulu mettre à jour certains mythes entourant la consommation d'énergie au Québec. Plusieurs conceptions erronées ponctuent le débat québécois sur notre futur énergétique et il est essentiel de faire la lumière sur ces aspects qui "distorsionnent" la perception publique à ce sujet.


Le Québec: Importateur d'énergie?

Combien de fois avons-nous entendu la justification de construction de nouveaux barrages dans le nord du Québec par le besoin incessant d'Hydro-Québec d'importer de l'électricité pour subvenir aux besoins énergétiques des Québécois? Comme l'a dit M. Blain, le Québec a dû importer de l'électricité qu'une seule fois dans toute son histoire lors de l'été 2003-2004 pour contrer un risque de rupture de stock. Or, cette année-là, suite à un été très sec et un hiver extrêmement rigoureux, le niveau de l'eau des barrages n'avait jamais été aussi bas et Hydro-Québec n'a pas eu le choix d'acheter de l'énergie dispendieuse pour être certaine d'avoir la capacité de fournir ses clients. Cependant, le cause d'une éventuelle pénurie n'était pas le manque de puissance totale des barrages, mais bien le niveau d'eau dans ses réservoirs. C'est donc le manque de diversité dans le mode de production énergétique au Québec qui fut le réel problème et non le manque d'infrastructures hydro-électriques. D'ici 2009, Hydro-Québec pourra bénéficier d'une marge de manoeuvre énergétique de 20 Tw/H par rapport à la demande québécoise et ce, seulement avec les projets énergétiques déjà autorisés. Prenez-en bonne note: Le Québec n'a pas à importer de l'électricité.

Les tarifs d'électricité sont subventionnés

Hydro-Québec nous vendrait-elle son électricité à perte? Payons-nous un prix qui n'évoque pas celui du marché? Devons-nous, comme nous l'entendons souvent, augmenter les tarifs pour mieux refléter le coût réel de l'électricité? Deux raisons font en sorte que nous devons répondre non à ces questions mais d'abord, examinons de plus près les obligations d'Hydro-Québec face à ses clients locaux. En territoire québécois, la division production d'Hydro-Québec qui dispose d'une capacité de production d'environ 197 Tw/h n'a qu'une obligation de fournir de seulement 178 Tw/h à l'égard des obligations monopolistiques de sa division Distribution par rapport à une demande annuelle de 185 Tw/h. C'est donc dire qu'environ 19 Tw/h sont "libérés" de tout obligation à l'égard de ses clients québécois et mis en disponibilité pour revente à la discrétion de ses actionnaires dans les marchés de son choix. Pour palier au 7 Tw/h manquant (malgré sa capacité à les fournir), Hydro-Québec procède à des appels d'offre et doit acheter son électricité jusqu'à 8.8 sous le Kw/h (comparativement à son propre coût moyen de production avoisinant les 1.9sous le Kw/h). Cet achat à coût élevé est souvent utilisé comme argument pour la construction de nouvelles centrales, mais on oublie souvent de dire que cet achat n'est pas nécessaire.

Conséquemment à cela, le Québec a hérité de faibles tarifs d'électricité et ce pour 2 raisons. Premièrement, nous avons choisi il y a quelques décennies d'investir dans l'hydro-électricité plutôt que dans d'autres sources d'énergie, ce qui a nécessité d'énormes investissement au départ. Aujourd'hui, les coûts ont presque tous été amortis, les barrages peuvent tenir encore très longtemps et leur coût d'exploitation régresse année après année. Il est donc approprié de dire que les revenus d'Hydro-Québec sont croissants tandis que ses coûts décroissent. Ensuite, on s'empresse de nous rapeller à quel point nous sommes gâtés de bénéficier d'un gel des tarifs ou d'augmentations minimes. La véritable aubaine serait plutôt une baisse des tarifs plutôt que leur maintien! Deuxièmement, nous avons fait le choix collectif de nationaliser l'électricité, ce qui évidemment nous donne la chance d'avoir des tarifs avantageux. D'autant plus que c'est notre argent qui a servi à la conception d'Hydro-Québec. Nous pouvons bien, en tant que propriétaire et parce que nous avons fait de bons choix par le passé, bénéficier d'une facturation faible et adéquate. Et il ne faudrait pas oublier que malgré les tarifs les plus bas au monde, Hydro-Québec réussit tout de même à générer des profits de milliards de dollars à chaque année. C'est un pensez-y bien!

Le Québec a un potentiel illimité

Je me rappelle entendre l'ex Premier Ministre du Québec, Bernard Landry, mentionner que le Québec devrait faire d'Hydro-Québec une "machine à imprimer de l'argent". Après tout, l'immensité de notre territoire ne nous permet-elle pas de construire des dizaines d'autres centrales et ainsi exporter notre énergie propre aux américains et ainsi sauver la planète des ravages de la pollution atmosphérique due à la production d'énergie? Il n'en est rien. Premièrement, l'Hydro-électricité, malgré sa bonne réputation, n'est pas une énergie si "verte" que l'on croit. La construction d'une centrale s'accompagne de déversement de mercure dans les terres inondées et dans les rivières et rend le poisson incomestible pour plus de 30 ans en plus d'affecter la flore et la faune en entier. Également, les fleuves et rivières sont le fruit d'un processus excessivement long exécuté par Dame Nature et constituent les veines du cycle de l'eau. À force de dériver les eaux des rivières, nous perturbons le fragile équilibre cyclique de l'eau et pouvons causer des répercussions encore insoupçonnées, voir irrémédiables.

Deuxièmement, même si nous arnachions jusqu'au dernier petit rapide du territoire québécois pour y construire une centrale, notre capacité de production ne pourrait atteindre qu'un quarantième de la demande américaine. Voulons-nous, en tant que société, devenir la principale valve d'approvisionnement des américains et hypothéquer nos besoins futurs. Je soulève simplement la question...

"Nous n'héritons pas de la Terre de nos ancêtres, nous l'empruntons à nos enfants"
-Antoine de Saint-Exupéry


Louis Frédéric Prévost




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