Sunday, May 21, 2006

Accommodement raisonnable : La solution pour le Québec?

Depuis quelques mois, le Québec et le Canada sont plongés dans un débat portant sur les gestes que devraient poser la société pour accommoder les immigrants possédant une culture différente de la nôtre. Que l’on parle du port du kirpan à l’école, de la prière à l’université, du turban au travail, de l’érouv dans la rue, de la non mixité à la piscine ou la charia au tribunal, tous ces exemples démontrent avec éclats le choc culturel que nous vivons en tant que collectivité multiculturel. Par sa doctrine extrêmement flexible, le Canada est devenu aujourd’hui le champion mondial de l’accommodement raisonnable en raison des multiples permissions que les tribunaux ont accordé aux communautés culturelles. Mais peut-on encore qualifier l’accumulation de ces accommodements comme raisonnable? Jusqu’où doit-on tolérer ces accommodements? Quand deviennent-ils contraignants pour la société? Voilà plusieurs questions qui devront être discutées dans un avenir proche si nous voulons éviter de creuser davantage l’écart de perception entre Québécois et immigrants de ce que doit être la vie en société.

L’obligation de la laïcisation

Les détracteurs de la laïcisation de l’espace public québécois se trompent en avançant que cette obligation est discriminatoire et contraire à la liberté de religion enchâssée dans notre constitution et ce pour deux raisons fondamentales. Premièrement, la laïcisation n’est pas « anti-religieuse » en ce sens qu’elle sert à harmoniser la multitude de croyances que l’on retrouve parmi les membres des communautés culturelles. Comme il est évidemment impossible de permettre toutes les pratiques religieuses dans tous les espaces publics, le principe de confiner la religion à la maison ou dans les endroits appropriés est un gage de tolérance et de respect pour les citoyens d’ici. Deuxièmement, le fait « d’accommoder » une religion discrimine nécessairement une autre religion « non accommodée » qui demandera à son tour d’autres compromis. Et personnellement, en tant qu’Athée, je pourrais aussi clamer que tous ces accommodements vont à l’encontre de mes valeurs de laïcité et de non confessionnalité de l’espace public. La laïcisation n’est donc pas un choix, mais une obligation dans une société aussi pluraliste que la nôtre. Obligation de respect pour tous ceux et celles qui croient que la religion n’est pas d’ordre public, et obligations sociétales d’orchestrer les multiples croyances religieuses dans un esprit de tolérance et de cohésion.

Réussir l’intégration

Suivant la logique laïque de l’espace public québécois, jusqu’où devons nous imposer nos valeurs aux nouveaux arrivants? Nul doute qu’il y a un prix culturel à payer en venant s’installer au Québec. L’immigrant qui choisit le Québec comme terre d’accueil doit immanquablement renoncer à certains principes et habitudes qui viennent en contradiction avec nos mœurs locales. Par exemple, il serait intolérable qu’au nom de la liberté de religion, de nouveaux arrivants rejettent du revers de la main les fondements même la société que nous avons bâtie, surtout ceux qui mettent de l’avant les libertés individuelles et l’égalité entre tous. Pour que l’intégration soit réussie, l’immigrant doit donc renoncer à une partie de sa culture d’origine et ce n’est pas en poussant la logique du multiculturalisme à l’extrême (l’Ontario a presque permis la charia) et en accommodant les nouveaux arrivants de toutes les façons possibles que nous allons faciliter leur intégration. Au contraire, c’est en encadrant et - n’ayons pas peur du mot – en restreignant certaines pratiques qu’à long terme, les immigrants finiront par se sentir aussi Québécois que ceux dits « de souche ».

Prendre le contrôle

La société doit donc prendre tous les moyens pour résister aux accommodements « raisonnables » qui remettent en cause nos valeurs les plus fondamentales. Malheureusement, le peuple est bâillonné dans ce débat. Il appartient plutôt aux tribunaux d’interpréter les demandes d’accommodement au cas par cas et plus souvent qu’autrement, en raison des principes de nos chartes, ils vont se soumettre aux demandes des groupes minoritaires, demandes qui, soit dit en passant, proviennent presque exclusivement des factions les plus radicales de ces groupes. Le peuple, par l’entremise de ses institutions parlementaires, doit donc modifier sa charte en tempérant le principe de la liberté de religion et doit, si cela est nécessaire, incorporer et encadrer le principe de l’accommodement raisonnable dans sa constitution. Ainsi, nous pourrons vivre dans un monde pluraliste, respectueux des différences et qui acceptent la diversité tout en intégrant, surtout à l’école, les immigrants et enfants d’immigrants de façon à ce qu’il comprenne qu’au Québec, la religion droit rester une affaire d’ordre privée. Au risque de paraître alarmiste, nous devons agir rapidement avant que notre mollesse finisse par avoir raison des assisses qui font qu’il est bon vivre au Québec.

Louis Frédéric Prévost

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