
Le prophète
Ce blog ne passera pas par quatre chemins et se veut clairement mortifiant face à un certain type de personne qui croit avoir le monopole de la vérité, surtout lorsque l'enjeux est l'économie. Ceux qui ont vu le déshonorable Joseph Facal aux Francs-Tireurs en septembre comprendront probablement pourquoi la boucane me sort par les deux oreilles.
Je ne suis ni membre ni partisan de Québec Solidaire, malgré certaines affinités idéologiques et pourtant, j'ai le devoir de me porter à leur défense. Justice doit être rendue.
Dans cette merveilleuse émission animée par le très judicieux Richard Martineau, on montre des images du congrès de fondation du QS avec comme trame de fond une musique russe très "communiste", le tout commenté par un Joseph Facal sombrant dans un discours injurieux face à la gauche québécoise qui selon lui, ne se serait pas "renouvelée" depuis les années '60. Si on suit son raisonnement, des principes comme une meilleure distribution de la richesse, une fiscalité plus progressive ou l'égalité entre les hommes et les femmes seraient tous des principes d'extrême gauche, sans valeur ni fondement. Permettez-moi de m'insurger.
Facal, comme beaucoup d'économistes, se targue d'être disciple d'une science réelle et rigoureuse principalement caractérisée par sa rationalité, qualité bien évidemment absente de tout cerveau moindrement gauchiste. Eux seuls savent concevoir ce qui est bon pour l'économie. Tel un prophète qui montre du doigt le chemin à prendre, l'économiste connaît la vérité. Remettons les pendules à l'heure...
La science économique est tout sauf une science, tout sauf rationnelle. Le petit robert définit le mot "science" comme étant une "connaissance exacte et approfondie (...) fondée sur des relations objectives vérifiables". L'économie ne peut être qualifiée ni d'exacte, ni d'objective. Lorsque l'on entre dans le domaine des transactions boursières et de la spéculation, on en entre également dans le monde de la psychologie, du jeu et du hasard mais surtout, dans le domaine des valeurs. Or les valeurs varient selon les endroits et les classes sociales. La notion même de valeur fluctue d'un individu à l'autre, ce qui enlève toute notion d'objectivité à la science économique, qui devient dès lors un opinion, une conception individuelle de l'esprit.
Québec solidaire, en revendiquant plus d'équité dans les rapports économiques qui nous régissent, ne s'apparente pas, comme le soutient Facal, à l'extrême gauche. Son propos dénote non seulement une lacune énorme face aux idées politiques, mais également un manque de cohérence et un esprit conditionné par une conception unitaire de l'économie. QS ne propose pas un retour au communisme soviétique ni au modèle castriste d'aujourd'hui, mais s'inscrit plutôt dans un vaste mouvement planétaire exigeant plus solidarité et de justice sociale. On reproche également à QS de manquer de maturité, mais le parti à moins d'un an d'existence et continuera à mûrir.
Bref, le regard biaisé de la droite québécoise à sa gauche dénote à la fois du mépris, de l'incompréhension et une bonne dose d'absurdité. Mais le plus désolant dans l'histoire, c'est qu'on continue d'avoir cette perception que seul les gens qui ont des valeurs plus individualistes savent comment articuler une politique économique efficace et concurrentielle. Or, les principes d'une économie plus sociale, plus humaine sont loin d'être incompatible avec le mot prospérité, bien au contraire. Bien que je me définisse plus "de gauche" sur l'échiquier politique, je refuse d'être étiqueter comme tel car cette position traîne avec elle bon nombre de stéréotype auquel je n'adhère pas. Un peu comme si nous étions tous des socialistes, voir des communistes qui voudraient voir les mots "propriété privée", "libre entreprise" et "richesse" rayés de notre vocabulaire.
Solidarité, équité, égalité et coopération ne sont pas des concepts "de gauche". Ils relèvent bien davantage de la notion d'humanisme. Une notion que les Facal de ce monde devraient s'inspirer...

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