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Ode à la banane québécoise
Le débat sur la place des immigrants au sein de la société québécoise fait couler de plus en plus d’encre. Intégration ou assimilation? Accommodement raisonnable?
En tant que Québécoise d’origine chinoise, je ressens le devoir de vous partager une réalité immigrante que beaucoup (surtout les québécois) ont tendance à ne pas voir.
Pourquoi les asiatiques ont-ils tant de résistance à s’engager socialement et politiquement? Que dire alors des enfants des immigrants? Leur en donne-t-on les moyens? Est-ce que l’école favorise l’engagement des jeunes provenant de milieux culturels? Comment obtenir un discours intergénérationnel?
Avant tout, portons un regard plus large sur l’immigration asiatique : Selon Statistiques Canada, la République populaire de Chine, l’Inde, les Philippines, Hong Kong, le Sri Lanka, le Pakistan, Taïwan et le Viet Nam représentaient à eux seuls plus de 40% de tous les immigrants qui sont arrivés au Canada au cours des dix dernières années. Ainsi, le groupe minoritaire visible le plus important était celui des Chinois. Au Québec, nous comptons plus de 110 000 asiatiques, la majorité se réfugiant à Montréal.
Ma famille a fuit la guerre du Viet Nam à la fin des années 1970 pour se réfugier au Canada. En fait, le Canada a admis près de 70 000 réfugiés, comme ma famille, fuyant l’oppression du gouvernement communiste vietnamien.
L’intégration (ou la ghettoïsation) des asiatiques au Canada, au Québec:
Comment expliquer la résistance des jeunes des communautés asiatiques à s’engager socialement et politiquement, tout en prenant en considération que ces enfants de la deuxième génération sont nés au Québec et représentent les enfants de la Loi 101? Pourquoi une quasi-absence d’asiatiques sur la scène politique, publique, artistique?
Une getthoïsation physique et institutionnelle
Un Chinois peut vivre au Québec/Montréal tout en limitant au strict minimum le contact avec la population québécoise. Le phénomène le plus populaire est celui des Cartiers Chinois, où l’on permet à des Chinois de se rassembler entre eux. Toutefois, les Cartiers Chinois ne sont que l’exemple d’une ghettoïsation institutionnelle la plus visible. Il est aussi important de mentionner l’instauration des hôpitaux chinois, marchés chinois, restaurants chinois et lieux de rencontres chinois (gym, association, lieu pour jouer au Mah-Jong, etc.). De plus, la majorité des familles chinoises regardent la télévision en chinois à la maison. Nous avons nos nouvelles, nos soap operas, nos talk shows, notre aérobie du matin tout en chinois à la maison...en d’autres mots, nous avons facilement accès (musique et film), alors pourquoi aller voir ailleurs?
Cette ghettoïsation physique et institutionnelle engendre 2 énormes conséquences :
1) La non nécessité de s’impliquer au sein de la société québécoise pour se faire « accepter » : Pourquoi faire de la politique ou de l’implication communtaire lorsque notre intégration est déjà assurée au sein de la société québécoise? Nous arrivons au Québec et quasiment tous nos besoins fondamentaux sont pris en compte...en chinois!
2) La création des «ghettos » ethniques et raciaux dans les écoles : Naturellement, la ghettoïsation institutionnelle, tel le Cartier Chinois, montre aux enfants chinois à quel point ils sont différents des autres. En effet, combien de fois ai-je entendu ces mots sortir de la bouche des Chinois : « Ne fréquente pas les Québécois. Nous ne mangeons pas comme eux, nous ne fêtons pas comme eux, nous ne parlons pas la même langue, nous n’avons pas les mêmes philosophies de vie. Un jour ou l’autre, votre relation se brisera à cause de ces différences. »
Le rôle des parents
La ghettoïsation institutionnelle et physique des communautés culturelles permet aux parents d’élever leurs enfants dans un monde excluant la culture québécoise et enfermant seulement leur propre culture. Tentons de les comprendre : ces derniers ont quitté leur pays par force et n’ont jamais désiré d’enfants québécois aux yeux bridés. Ils veulent des enfants chinois aux yeux bridés. Point à la ligne.
Evidemment, les parents jouent un énorme rôle dans la création du désir de ghettoïsation chez les enfants. Plutôt, les parents jouent le rôle principal.
Premièrement, les parents chinois encouragent la fréquentation asiatique, i.e., décourage la fréquentation non-asiatique. Par exemple, la majorité des parents asiatiques veulent que leurs enfants se marient avec d’autres asiatiques (sinon, attention, le chum québécois risque de s’essouffler avant de se faire entièrement accepter au sein de la famille, à pied égal à un asiatique, ce qui veut dire, comme un des leurs).
Deuxièmement, les parents font la promotion des valeurs asiatiques au détriment des valeurs occidentales. Ils inculquent à leurs enfants des valeurs asiatiques : de responsabilité, performances, de disciplines et d’études. Surtout, leur vision de la politique se réduit à ceci :
1) Il ne faut pas remettre en question l’autorité
2) La politique, c’est corrompu, trop compliqué, pas en chinois
3) Ma contribution politique se résume à mon emploi et aux $%!@# taxes que je paye à chaque jour
4) Au lieu de t’impliquer en politique, va donc étudier!
La langue
Il est incroyable de lire sur le site de Statistiques Canada que « les immigrants nés en République populaire de Chine étaient les plus susceptibles de déclarer parler une langue non officielle à la maison (88%) et de ne pas être en mesure de soutenir une conversation dans une langue officielle (29%)!
Répétons-le, ça vaut la peine : plus de 25% des Chinois ne sont pas en mesure de soutenir une conversation dans une langue officielle au Québec. Voilà la preuve que la ghettoïsation physique et institutionnelle leur a beaucoup bénéficié!
La langue constitue une grande, sinon la plus grande, barrière à l’intégration des Chinois au Québec. À titre d’exemple, mes grands-parents vivent au Québec depuis 1978 et ne parlent pas le français.
De plus, à la maison, les parents de communautés culturelles obligent leurs enfants à parler leur langue d'origine à la maison, ce qui crée davantage une division entre la vie de l’enfant à l’école et à la maison.
Un fossé gigantesque entre la culture chinoise et la culture québécoise
Ce texte s'intitule "Ode à la Banane" car une Banane est jaune de l’extérieur, mais blanche de l’intérieure, comme plusieurs asiatiques nés au Québec. Nous sommes ni à 100% Chinois car nous ne connaissons pas notre histoire et notre culture, plutôt, nous ne savons que parler et manger chinois; ni à 100% Québécois car nous avons que peu de contact avec cette culture et ses coutumes. Ce duel identitaire devient souvent frustrant, surtout lorsque nous (les asiatiques) sommes constamment plongés dans des stéréotypes : nous sommes des asiatiques ratés et des « chok sing » pour les Chinois; pour les Québécois, nous sommes des immigrants chinois, « l’autre », les êtres aux yeux bridés, les Jacky Chan et compagnie. Nous avons une jambe dans la culture québécoise et l’autre dans la culture chinoise. Accepter de devenir plus québécois afin de mieux s’intégrer équivaut à mettre un X de plus sur la culture chinoise. Et souvent, ce X représente un sacrifice, voir même un conflit interminable au sein de notre famille. Est-ce que les enfants d’immigrants sont prêts à vivre ces sacrifices et ces conflits? Souvent, nous préférons choisir la voie la plus facile : celle du conformisme.
Comment concilier deux cultures opposées au sein d’un même corps? Comment concilier une culture revendicatrice à une culture conformiste? Une culture qui privilège le sens critique à une culture dont l’enseignement interdit de remettre en question l’autorité? Une culture qui prône la liberté, la politique et le dynamisme à une culture qui se base sur la discipline, l’indifférence politique?
Piste de solutions
Les pistes de solutions que j'aimerai proposer portent avant tout sur un changement de nos mentalités...et Dieu sait que ça peut prendre beaucoup de temps!
D’un côté, il est clair que les immigrants doivent encore faire un énorme pas pour assurer une meilleure intégration au sein de la société québécoise, surtout pour que leurs enfants et leurs petits-enfants puissent bénéficier d’un mode de vie qui ne résume pas à l’exclusion...et pour cela, j'ai confiance aux générations futures d'assurer une meilleure intégration à la société québécoise. Par contre, de l’autre côté de la médaille, il est aussi temps que les Québécois cessent de voir les immigrants comme « les autres » et commencent à les voir comme des Québécois comme eux. Il est temps de cesser la division « immigrant » et « québécois de souche » pour enfin comprendre que les immigrants font partie du Québec, tout autant que les Québécois. Tentons de créer une culture québécoise qui rassemble les immigrants plutôt que de les séparer à la culture d’ici. Combien de fois avons-nous entendu dire lors des concerts et des discours « Il y a-t-il des Québécois de souche ici? »? Et à travers ces mots, vous voulez que les immigrants se sentent intégrés?
Il est temps que nous passions d’un discours de chialage, à un discours interculturel où les immigrants se sentiront réellement impliqués au sein des enjeux québécois et où ils sentiront réellement qu’ils pourront contribuer au développement de leur société, celle du Québec.
Cathy Wong